2018, encore une année record pour le M&A ?

2018, encore une année record pour le M&A ?
by Victor Duché

 / Par Victor Duché, 17 Mai 2018 17:02

Selon les statistiques délivrées par Reuters, les opérations de fusion-acquisition ont progressé de près de 50% en 2017 pour atteindre 245,8 milliards de dollars. Le M&A signe ainsi son meilleur millésime de ces dernières années. Que ce soit en nombre ou en taille, la majorité des banques d’affaires et fonds de capital-investissement anticipent une accélération globale des transactions. La convergence industrielle et sectorielle continue d’être une attente majeure, avec un fort penchant pour l’intégration verticale. De plus en plus d’entreprises affirment par ailleurs que leurs niveaux de liquidités ont augmenté, et le M&A en serait l’allocation privilégiée. Jusqu’ici, l’horizon 2018 semble être au beau fixe.

Pour un montant non révélé, Walmart a réalisé l’une des plus importantes acquisition intersectorielle de l’année 2017 en s’offrant Parcel, un opérateur de livraison spécialisé dans la logistique du dernier kilomètre © Los Angeles Times

Convergence

Cette tendance fait quasi l’unanimité. EY, Morgan Stanley, Deloitte ou encore J.P. Morgan en sont convaincus, cette année sera la bonne. En effet, ce n’est pas la première fois que la recrudescence des transactions intersectorielles est attendue. Aujourd’hui, certaines industries montrent des signes de rapprochement : entre les entreprises du secteur de la construction et de l’énergie ou entre les entreprises du secteur de l’énergie et les usiniers. Il y a peu, les sociétés opérant dans les nouvelles technologies ne concentraient leurs opérations de fusion-acquisition qu’au sein de cette même industrie. Désormais, les entreprises technologiques partent de plus en plus à la conquête du commerce de détail. Sans surprise, les services financiers – notamment le capital-investissement, l’asset management, la banque de détail et les assurances – sont tout autant concernés par cette convergence. En effet, cette dynamique est très largement motivée par les coûts croissants liés à l’innovation technologique et à la conformité. La situation est similaire à celle des sciences de la vie et des soins de santé, où la consolidation est dictée par une pression sur les prix, parfois liée aux changements réglementaires. Parmi toutes ces attentes, les secteurs ayant déjà entamé leur convergence sont attendus pour un fort renforcement : régimes de soins de santé et fournisseurs de soins de santé mais aussi entreprises technologiques et de télécommunications.

Dealogic au 1er avril 2018

Activisme actionnarial

En 2017, les actionnaires activistes1 ont davantage parié sur les marchés étrangers. D’après le rapport « Hunt for yield » de Mergermarket, près de neuf sondés sur dix pensent que le nombre de campagnes activistes en 2018 augmentera à l’échelle mondiale. Mais quel effet l’activisme actionnarial pourrait avoir sur les activités globales de fusion-acquisition ? Dans cette étude, la société du groupe Aguris souligne que l’activisme devrait faire progresser considérablement les transactions au cours de l’année 2018. Les actionnaires pourraient donc avoir un effet notable sur le nombre d’opérations publiques si davantage de fonds font campagne. Les données délivrées par ActivistMonitor montrent que plus de 70 demandes liées aux fusions et acquisitions ont eu lieu en 2017 dans les sociétés cotées nord-américaines et aux EMEA. Au cours de la même période et dans ces mêmes régions, il y aurait eu au total 635 transactions. Par ailleurs, certaines situations militantes de grande envergure se sont soldées par des transactions. Par exemple, un coup de pouce porté par Jana Partners2 en 2017 a contribué à l’une des opérations les plus spectaculaires de l’année : l’acquisition des supermarchés bio Whole Foods Market par Amazon pour une valeur de 13,7 milliards de dollars en juin.

Réserves de trésorerie

Personne ne s’en cache : au cours des deux dernières années, les sociétés ont globalement accumulé d’abondantes réserves de liquidités dont leur utilisation sera principalement destinée à des opérations de fusion-acquisition. Si les produits biologiques ont ces derniers temps profité de ces réserves, c’est désormais au tour du M&A. Les actions restent à des niveaux élevés, tandis que les taux d’intérêt sont légèrement supérieurs à leurs plus bas historiques.

L’impact du Brexit

Dealogic au 1er septembre 2018

Le départ du Royaume-Uni de l’Union Européenne ne fait désormais plus la une et les négociations se poursuivent avec précaution. Parmi les entreprise britanniques, l’inquiétude est palpable. Il ne fait aucun doute que l’incertitude a déteint et entrainé en 2017 une baisse de 27% des volumes transactionnels entrants au Royaume-Uni. De plus, l’activité sortante qui aurait chuté de 38% – ne validant pas les prévisions de croissance qui avait été projetées – chercherait à se diversifier géographiquement afin de compenser le désarroi. Dans son dernier rapport, J.P. Morgan anticipe que la diversification géographique sera une priorité pour les entreprises britanniques et que les opérations sortantes seront une caractéristique notoire dans le paysage européen des fusions-acquisitions. Paradoxalement, le volume des transactions entre ces mêmes entreprises britanniques a considérablement augmenté. C’est la conséquence d’une stratégie de couverture qui consiste à contrebalancer cette inquiétude. En effet, le volume national de fusions-acquisitions impliquant deux sociétés britanniques a bondi de 69% en 2017.

1 un actionnaire activiste est un investisseur (très souvent un fonds) qui tire profit de sa prise de participation au capital d’une société donnée afin d’influencer ses objectifs, sa stratégie et plus généralement son management. Son objectif est clair : s’assurer que la politique de l’entreprise coïncide avec ses attentes, en allant de l’aspect financier (hausse des dividendes par exemple) à une dimension non-financière (RSE, désinvestissement de certains pays).

2 Jana Partners est un fonds d’investissement spécialisé dans l’event-driven investing. Il s’agit d’une stratégie visant à tirer parti des inefficacités de valorisation pouvant survenir avant ou après un événement particulier : faillite, fusion, acquisition ou scission. Cette méthode est adoptée par des investisseurs sophistiqués, tels que les fonds spéculatifs et sociétés de capital-investissement. Cette manœuvre a notamment été utilisée par Cornwall Capital et présentée dans « The Big Short » (adaptation du livre de Michael Lewis).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *