Investir au Chili : opportunités et risques

Investir au Chili : opportunités et risques
by Simon Mauclair

 / Par Simon Mauclair, 10 Mai 2018 15:03

Les économies émergentes, qui profitent de la forte demande pour leurs exportations, sont en bonne forme. Avec plus de 44 milliards USD injectés dans les portefeuilles de fonds des marchés émergents en janvier et février 2018, les capitaux étrangers affluent à un rythme particulièrement soutenu. L’expansion de nombreuses économies émergentes devrait d’ailleurs se poursuivre, comme le prédisent les indices PMI (indice des directeurs des achats).

Avec une performance annuelle de 37.28% (MSCI Emerging Markets) en 2017, les marchés émergents ont surperformé les marchés développés (MSCI World) pour la deuxième année consécutive. Se positionner sur les marchés émergents peut donc se révéler être une stratégie particulièrement efficace.

L’Amérique latine, aux côtés de l’Asie, se place en tête de la scène émergeante. Comme le dit Patrice Lemonnier, gérant du fonds Amundi Funds Latin America Equities : « Investir en Amérique Latine est risqué, mais les performances sont au rendez-vous sur le long terme ».

Profitant d’une politique d’ouverture aux marchés, d’un climat de stabilité politique et de l’envolée des cours du cuivre, le Chili n’a rien à envier à ses voisins. En effet, le premier producteur et exportateur du métal rouge est aujourd’hui considéré comme l’une des économies sud-américaines les plus prometteuses et les plus attrayantes pour les investisseurs.

Banco Central de Chile

Le Chili en quelques chiffres

Si la croissance chilienne – tout comme celle de la plupart des pays sud-américains – a été légèrement ralentie par la chute des cours des marchandises depuis 2015, elle est aujourd’hui repartie sur de bonnes bases. Le pays a en effet pu profiter de la forte hausse des cours du cuivre. La valeur du métal rouge a rapidement augmenté entre 2015 et 2017, passant de 4733€/tonnes fin 2015 à 6178€/tonnes en décembre 2017.

Le Chili a connu une croissance du PIB de 1.7% en 2017, et pourrait voir son PIB grimper en 2018 de près de 2.5% selon le FMI. Le taux de chômage a quant à lui été estimé à un niveau historiquement élevé de 7% en 2017. Il devrait toutefois diminuer en 2018 et atteindre 6.8%.

Après avoir atteint leur niveau maximum en 2012 (environ 27 milliards USD), les flux d’IDE au Chili continuent de croître. Selon le Rapport sur les investissements mondiaux 2017 publié par le CNUCED, le pays sud-américain s’impose comme troisième pays le plus attrayant en Amérique du Sud, devancé par le Brésil et la Colombie.

En ce qui concerne le marché boursier chilien, l’indice IGPA (Indice General de Precios de Acciones) a augmenté de 62% entre janvier 2016 et janvier 2018. L’indice a connu une hausse de 31 points (+0,11%) pour atteindre 28 474 points ce mardi 8 mai. L’IGPA a atteint un niveau record de 29 518 points en janvier 2018, démontrant ainsi la bonne forme de l’économie du pays.

Pourquoi investir au Chili ?

Un « Business Environment » particulièrement favorable

Pour gagner en attractivité auprès des investisseurs, le Chili peut compter sur sa stabilité économique et politique, son climat de sécurité juridique, son ouverture commerciale et ses bonnes perspectives de croissance.

Le Chili se positionne d’ailleurs à la 13e place du classement de The Economist Intelligence Unit : Business Environment Rankings – Which country is best to do business in?, qui classe les différentes économies selon leur environnement économique respectif.

Avec une note de 7.81, Le Chili se distingue donc par son excellent environnement des affaires, surpassant certaines économies développées majeures comme la France ou le Royaume-Uni. Le pays est considéré comme étant « sûr » pour faire des affaires, et renvoie une image de transparence politique et financière qui séduit de plus en plus d’investisseurs.

Une politique d’ouverture aux investissements

C’est un des points forts de l’économie chilienne : le Chili jouit d’une vaste politique d’ouverture aux investissements étrangers. Sebastian Piñera, élu président le 17 décembre dernier au second tour face à Alejandro Guillier (avec plus de 54% des voix), a affirmé vouloir attirer de plus en plus d’investissements étrangers. Au cours de sa campagne, M. Piñera a mis en avant un plan de près de 14 milliards USD avec pour principal objectif : promouvoir les investissements dans les infrastructures et diminuer les dépenses du gouvernement.

Le gouvernement chilien semble notamment se concentrer sur le secteur minier, où il prévoit de grandement simplifier les procédures d’investissements. Selon Reuters, le président conservateur du gouvernement du Chili préparerait une nouvelle loi visant à rehausser l’attractivité des exploitations minières du pays. “Nous pensons que pour des activités économiques telles que l’exploitation minière, qui représentent des volumes importants d’investissements, il est crucial d’avoir une certitude et des règles claires et stables”, a déclaré M. Prokurica, actuellement ministre des Mines du Chili.

Le Chili se positionne d’ailleurs à la cinquième position des pays les plus ouverts aux importations et aux investissements étrangers au monde. Le pays s’attache à étendre son éventail de solutions pour faciliter l’accès aux investisseurs et a notamment développé le programme « The Innovation Policy Platform ».

Un commerce extérieur dynamique et un large réseau d’accord de libre-échanges

L’économie Chilienne est une économie sensiblement ouverte. Selon les estimations, les exportations représentent à elles seules près de 30% du PIB du pays. L’excédent commercial du Chili s’est élevé à 983 millions USD en avril 2018, contre 597 millions USD au même mois de l’année précédente, dépassant ainsi les prévisions du marché d’un excédent (environ 775 millions USD).

Le pays bénéficie de ressources abondantes qui lui permettent de booster ses exportations. A souligner notamment l’importance des produits miniers – principalement le cuivre – et des produits manufacturés.

Le Chili est en bonne forme, et pourrait bien voir son commerce extérieur consolidé par les nouvelles mesures du gouvernement de M. Piñera dans les prochaines années.

Pour renforcer ses échanges internationaux, le premier producteur de cuivre peut également compter sur son large réseau d’accords de libre-échange. Le Chili bénéficie d’accords commerciaux avec près de 60 pays (UE, Etats-Unis, Chine, Corée, Japon, Singapour, AELE…), lui permettant d’élargir son marché domestique d’environ 18 millions d’habitants à plus de 4,3 milliards de consommateurs potentiels dans le monde. Ces accords lui offrent un accès privilégié à 86% du PIB mondial et 63% de la population mondiale.

Cette « ouverture aux échanges » conforte la croissance économique et la compétitivité chilienne auprès des autres économies sud-américaines, et distingue le pays comme étant un partenaire commercial intéressant.

Les principaux risques du pays

Une économie tributaire des cours du cuivre et des exportations chinoises

Si le Chili élargit l’éventail de produits qu’il exporte (cuivre, pêche, bois, papier…), le pays reste néanmoins fortement dépendant du cours du cuivre. En effet, le métal rouge représente presque 50% de des exportations chiliennes. Il est également important de noter qu’environ 26% des exportations du Chili prennent la direction de la Chine, tandis que 24% de ses importations en proviennent.

Le commerce extérieur du pays est donc particulièrement vulnérable aux chocs externes (risque climatique, sismique…), aux fluctuations des matières premières sur les marchés internationaux (notamment la demande de cuivre) et à ses échanges avec la Chine. Cette dépendance pourrait avoir une incidence négative sur l’économie chilienne, et fragiliser l’attractivité du pays.

Une cohabitation entre le président et le Parlement potentiellement compliquée

Sebastian Piñera, nouveau président de centre-droit, a succédé ce 17 décembre dernier à Michelle Bachelet en battant Alejandro Guillier, de centre-gauche, au deuxième tour. Homme d’affaires millionnaire, M. Piñera avait déjà été président entre 2010 et 2014.

Le problème ? Le gouvernement de M. Piñera cohabitera avec un Parlement d’opinion opposée. En effet, le nouveau président ne bénéficiera pas de la majorité au Parlement, les trois partis chiliens de gauche ayant formé une « coalition parlementaire ».

Le Parlement (centre gauche) est en accord avec les opinions politiques et les positions adoptées par Mme Bachelet. Les réformes fiscales, éducatives et sociales instaurées par le président sortant seront ainsi difficiles à remettre en question.

Cette cohabitation pourrait freiner les ambitions de M. Piñera et l’empêcher de déployer l’intégralité de son programme et de ses différentes réformes. Les perspectives de croissance des investissements extérieurs pourraient ainsi être fragilisées.

Une insuffisance de la recherche de l’innovation

Le manque d’innovation représente l’un des principaux points faibles du Chili. Avec de faibles dépenses en R&D, le pays ne mise que très peu sur la recherche et l’innovation. Cette insuffisance ralentit l’attractivité de l’économie chilienne.

Pour résumer

Avec une des économies les plus prospères en Amérique du Sud, le Chili conforte son statut de plateforme d’investissement de premier ordre pour les investisseurs étrangers. Toutefois, certains risques menacent de freiner l’expansion du Chili et de fragiliser son attractivité.

Points forts :

  • Excellent environnement des affaires : stabilité économique et politique, transparence juridique.
  • Politique d’ouverture aux investissements, qui pourrait être renforcée par les mesures mises en place par le gouvernement du nouveau président Sebastian Piñera
  • Large réseau d’accords de libre-échange qui offre aux Chili un accès à 86% du PIB mondial et 63% de la population mondiale
  • Abondance des ressources et notamment du cuivre : Le chili est le premier producteur du métal rouge au monde
  • Une des économies les plus prospères en Amérique du Sud

 Points faibles :

  • Forte dépendance aux cours du cuivre qui rend le Chili vulnérable aux chocs externes
  • Forte dépendance du pays aux échanges avec la Chine (26% des exportations et 24% des importations)
  • Manque d’innovation : très faibles dépenses R&D
  • Cohabitation entre un gouvernement et un Parlement d’opinions politiques opposées qui pourrait empêcher M. Piñera de mettre en œuvre certaines réformes pour promouvoir les investissements
  • Importantes inégalités et disparités de richesses

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