Comment l’émergence des FinTech affecte-t-elle l’industrie bancaire

Comment l’émergence des FinTech affecte-t-elle l’industrie bancaire
by Simon Mauclair

 / Par Simon Mauclair, 12 Avril 2018 20:37

2018 pourrait être une année déterminante pour les banques, qui devront faire face à de multiples challenges. En tête de liste se trouve notamment la concurrence imposée par les FinTech. En pleine croissance depuis la crise de 2008, ces start-ups s’appuient sur l’innovation technologique pour transformer les services bancaires et financiers.

Cloud, Big Data, automatisation… Les FinTech centrent leur stratégie sur l’expérience client, et s’inspirent du concept d’économie collaborative pour promouvoir une nouvelle forme de relation avec les consommateurs. Leur idée ? Proposer des services adaptés et personnalisés, par opposition aux offres traditionnelles et « pré formatées » des institutions financières que nous connaissons aujourd’hui.

Que ce soit en B2C (Business to Consumers) avec les néo-banques (comme Moven ou GoBank sur le marché américain), les applications de paiement ou de gestion des finances personnelles, ou en B2B (Business to Business) à travers les services de gestion comptable dématérialisés ou les plateformes de gestion des crédits en SaaS (Software as a Service), les FinTech et leurs innovations séduisent de plus en plus et gagnent du terrain au sein de l’industrie bancaire. La révolution digitale/numérique transforme le secteur, et les banques peinent à s’y adapter. En effet, la « lourdeur règlementaire » (nourrie par exemple par les accords Bâle 3) qui pèse aujourd’hui sur celles-ci freine leur capacité d’adaptation et met en avant leur manque de souplesse.

Des moyens de paiement aux solutions d’épargne, de la gestion des crédits client au wealth management… les activités des FinTech couvrent l’ensemble des services financiers et affectent la plupart des métiers de l’industrie bancaire. Comme vous pouvez le constater sur la figure ci-dessus, de plus en plus de professionnels craignent voir leur secteur dominé par les FinTech dans les 5 prochaines années.

 

La banque de détail sera probablement le secteur le plus perturbé

La banque de détail, autrefois considérée comme un des secteurs financiers les plus « stables », apparaît aujourd’hui comme le secteur le plus susceptible d’être perturbé par l’émergence des FinTech. En effet, si le champs d’activités de ces dernières englobe de nombreux domaines de la finance, « consumer banking will continue to be the epicentre of disruption over the next five years », selon une étude menée par PwC (disponible ici)

En effet, 73% des experts sondés pensent que la banque de détail sera le domaine le plus touché par la forte croissance des FinTech, et 76% des employés de banque ayant répondu considèrent qu’une partie de leur activité pourrait également être impactée.

A l’ère du digital, les consommateurs redéfinissent leurs besoins. Ils veulent bénéficier de services personnalisés, faciles d’accès, pratiques et simples d’utilisation. Pour de nombreux experts, il devient donc indispensable de se concentrer davantage sur l’expérience client pour rester compétitif.

Les FinTech se concentrent donc sur un segment précis du secteur bancaire, et y développent des solutions particulièrement ciblées et efficaces pour améliorer les interactions avec les consommateurs et les entreprises. Ces startups proposent ainsi des services accessibles 24h sur 24, exploitent des canaux non traditionnels (néo-banques, applications, réseaux sociaux…) et offrent une grande simplicité de gestion des comptes bancaires, une utilisation plus « agréable » et des tarifs plus attrayants. Les banques, quant à elles freinées par leur manque de souplesse, ne sont que peu capables de s’aligner et de proposer des services similaires.

Parmi les activités bancaires particulièrement affectées par l’émergence des FinTech, nous pouvons notamment citer les services de paiements. Les E-Wallets – PayPal, Apple Pay, Android Pay ou Samsung Pay – simplifient par exemple le processus de paiement et assurent aux utilisateurs un service P2P (Person to Person) simple, pratique et sécurisé. Il paraît pertinent d’évoquer également la très forte croissance des crypto-monnaies.

Le financement participatif constitue également une alternative aux offres de crédits et de financements proposées par les banques, et permet à des projets d’éclore sans solliciter les activités d’intermédiation des banques. Appel aux dons avec/sans contrepartie ou crowdfunding (HelloAsso, Kickstarter, GoFundMe), prêt aux entreprises/particuliers ou crowdlending (Lendix, Lendopolis, Lending Club) ou encore financement participatif en capital ou crowdlending (SmartAngels, Bulb in Town), le financement participatif, sous toutes ses formes, couvre de nombreux secteurs et devient de plus en plus populaire.

Par le biais des services innovants qu’elles proposent aux entreprises, les FinTech pourraient également concurrencer les banques. La start-up Créancio, par exemple, offre la possibilité de créditer « immédiatement les factures en attente sur votre compte de trésorerie en ligne ».

Enfin, les FinTech sont également pionnières dans le développement de l’AI (Artificial intelligence). Les nouvelles perspectives offertes par l’AI sont extrêmement vastes, et pourraient probablement améliorer la plupart des services financiers traditionnels. L’incursion de l’AI dans le secteur bancaire pourrait permettre une meilleure compréhension des consommateurs, cruciale pour proposer des produits adaptés et personnalisés. Nous connaissons notamment les « chatbots », qui dirigent les utilisateurs avec lesquels ils conversent vers les produits les plus adaptés. L’AI pourrait aussi renforcer significativement la cyber-sécurité, et surtout améliorer le management du risque – considéré comme le cœur des activités des banques – en optimisant le « price/risk modeling ».

 

La nécessité d’une approche plus centrée sur le consommateur

Si les banques commencent à développer une approche « customer-centric », elles n’en sont pas moins en retard par rapport aux solutions proposées par les FinTech. Selon les données recueillies par PwC, seulement la moitié des experts du secteur bancaire sondés (environ 53%) considèrent la stratégie de leur entreprise comme « centrée sur le consommateur », contre plus de 80% pour les professionnels FinTech. Parmi les menaces les plus fréquemment évoquées, nous retrouvons notamment la réduction des parts de marchés et des marges, ainsi que la crainte d’une potentielle faille de sécurité.

Toutefois, de nombreux experts s’accordent à dire que les FinTech, bien qu’en pleine expansion, ne sont pas encore suffisamment développées pour perturber de manière significative le paysage concurrentiel de l’industrie bancaire. En effet, les acteurs « traditionnels » préserveront probablement leur leadership : n’oublions pas qu’il existe de nombreuses barrières règlementaires, que les consommateurs devront surpasser leur « résistance naturelle au changement », et que les banques auront toujours assez de capital pour racheter ou s’associer avec les FinTech.

 

Pour l’industrie bancaire, les FinTech pourraient être une opportunité plutôt qu’une menace

« Pour l’industrie bancaire, les FinTech sont une opportunité, pas une menace », explique Peter Wong, Deputy Chairman et Chief Executive chez HSBC. Selon lui, si les FinTech transforment la manière dont les consommateurs et les entreprises interagissent avec leur banque, elles ne sont pas pour autant une menace concurrentielle. Au contraire, elles complètent plus qu’elles ne menacent les services proposés par les acteurs traditionnels.

La collaboration entre les grandes banques et les FinTech peut être bénéfique pour les deux parties. Les banques disposent d’une large clientèle, d’une infrastructure stable et de solides connaissances des contraintes réglementaires. Les start-ups, quant à elles, peuvent offrir aux acteurs traditionnels de la finance leur esprit d’innovation, leur capacité d’adaptation, leur souplesse et leur expertise technique en matière de technologie. Selon M. Wong, « ensemble, les banques et les FinTech  peuvent améliorer les services financiers et l’expérience client bien plus qu’elles ne le feraient en étant en concurrence”.  »

La vision de M. Wong est loin d’être isolée. Certains acteurs majeurs comme la BNP Paribas s’engagent activement aux côtés des FinTech, avec pour objectif : « façonner ensemble la banque de demain. » (BNP Paribas – Les FinTech dans la banque). Le groupe a notamment mis en place un Hackathon International, durant lequel des experts BNP accompagnent et conseillent près de 170 startups. Le groupe a également lancé en 2017 son accélérateur FinTechCorp.

L’industrie bancaire, bien que freinée par son manque de souplesse, se transforme et s’adapte progressivement aux innovations technologiques. D’ici quelques années, la banque de détail sera certainement très différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Face aux évolutions comportementales des consommateurs, il devient crucial d’adopter une approche plus « centrée sur le client ».  Si les FinTech gagnent du terrain, les grandes banques préserveront probablement leur leadership. Pour beaucoup, ces startups complètent plus qu’elles ne menacent les services proposés par les acteurs traditionnels, et ouvrent de ce fait de nouvelles perspectives de collaboration.

One Comment

  1. C’est un sans faute pour cet article qui résume parfaitement mon point de vue sur la question. Il est certain que la collaboration entre les banques et les start-ups innovantes est le plus souhaitable. Je pense que la “résistance naturelle au changement“ s’évaporera bien vite, à mesure que la nouvelle génération remplace l’ancienne. Ce vent de fraîcheur fera le plus grand bien au secteur bancaire, comme aux autres d’ailleurs. Ceux qui basent leur stratégie sur l’expérience du consommateur gagneront au long-terme. Espérons que les grands leaders actuels sauront embrasser cette évolution.

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